Une école pratique de journalisme… à l'ONU-Genève?

Le journalisme global est enseigné à New York, Örebrö, Toronto, Sheffield, Karachi, Rhodes (Afrique du Sud)… La Fondation Reuters, BBC Media Action, Internews et tant d'autres le pratiquent sur le terrain. A Bonn, Deustche Welle Akademie forme des journalistes du Sud, et organise son Global Media Forum annuel, très couru.

Rien de tel à Genève, alors que c'est ici qu'on gère en live les urgences planétaires: climat, droits humains, internet, migrations, catastrophes, santé, économie verte, emplois, commerce, désarmement. 32 organisations internationales, 470 ONG, 50'000 citoyens globaux - experts, diplomates, activistes, humanitaires, avocats, financiers, négociants, traders, espions - y cuisinent le monde de demain à l'abri de l'œil public.

Les quelques dizaines de correspondants campés au Palais des Nations ont rarement la chance d'exploiter ce vivarium unique. Dur de vendre Genève à des médias peu excités par "l'institutionnel onusien", mais ne leur donnant guère les moyens de creuser plus loin. Cercle vicieux: l'ONU divulgue souvent ses hot news à Londres, Bruxelles, ou New York. A part Reuters, AP, AFP, EFE, les grands médias ont presque tous déserté la coûteuse cité lémanique.

Seul un volontarisme peut repenser la narration de Genève internationale. Et si le Quatrième pouvoir se faisait médiateur des défis majeurs de l'humanité? Et si Genève était LA place idéale pour exercer des centaines de reporters talentueux des cinq continents à cette vista globale – qu'ils retransmettraient à leur retour chez eux? En interaction avec des chercheurs et des acteurs, pour rendre lisible aux Terriens ce qui nous arrive - et ce qui coince.

Universités suisses et étrangères, écoles de journalisme, médias, agences humanitaires, fondations, ONU et autorités suisses dynamiseraient Genève en instituant une filière de stages pratiques au Palais (6-12 mois), assortie d'un site d'info, en immersion dans une fabuleuse mine de savoirs et de solutions, d'investigations et d'interviews. Bourses et fellowships seraient encadrés par des correspondants chevronnés à l'ONU. Avec comme résultat: acteurs et enjeux globaux plus visibles, couverture plus "sexy" des activités onusiennes et extra-onusiennes, rayonnement de Genève relancé, réseau mondial d'alumni motivés. Qui veut se lancer le premier?

Daniel Wermus