Organisation Internationale du Travail. L’Arabie saoudite étend son territoire à Genève

HAUT STANDING. Les organisations internationales vendent leurs terrains au plus offrant pour financer la rénovation de leur siège

L’Arabie saoudite a acquis un terrain de 7000 mètres carrés dans le quartier des organisations internationales. La vente, passée inaperçue, est intervenue l’automne dernier. La parcelle appartenait à l’Organisation internationale du travail (OIT) qui l’a cédée au royaume pour 26 millions de francs.

Ce montant serait au-dessus du prix du marché. La mission saoudienne n’a pas souhaité expliquer les raisons de cet investissement. Selon nos informations, l’Arabie saoudite veut construire des appartements de haut-standing pour loger ses diplomates.

Le terrain est situé le long de l’avenue Appia, en contrebas de l’imposant bâtiment de l’OIT. Sa forme allongée et la présence d’une statue offerte par le Mexique ont donné à la parcelle le surnom de «banane mexicaine». La future résidence diplomatique se trouve en plein périmètre du «jardin des Nations». La zone, qui englobe les organisations internationales, est appelée à se développer ces prochaines années, y compris par la construction de logements.

«Notre conseil d’administration a décidé en 2009 de vendre les terrains considérés comme non-stratégiques pour financer en partie la rénovation de notre siège», explique-t-on à l’OIT. Les travaux sur l’immense bâtiment ont déjà commencé et coûteront près de 300 millions de francs. La Suisse financera un quart du chantier sous forme d’un prêt sans intérêt, qui doit encore être approuvé par les chambres fédérales.

Malgré les atteintes aux libertés dans le royaume wahhabite, y compris syndicales, la riche dynastie des Saoud faisait figure d’acheteur providentiel. «Nous avons travaillé en étroite collaboration avec les autorités suisses», précise l’organisation internationale.

La Suisse n’a toutefois pas eu le dernier mot sur cette vente, complète le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). «Les organisations internationales propriétaires d’un bien immobilier peuvent le vendre comme tout particulier, en respectant les dispositions applicables à la vente. Aucune autorisation n’est requise.» Berne se félicite que le fruit de cette opération immobilière finance en partie la rénovation du siège de l’OIT. «Elle réduit d’autant la demande de prêt à la Confédération.»

La «banane mexicaine» avait été cédée par la Suisse dans les années 1960, contre un terrain qui appartenait à l’OIT au bord du lac Léman. Traditionnellement, la Confédération finançait la construction des bâtiments pour les organisations internationales, alors que le canton de Genève fournissait gracieusement les terrains, sous forme de don ou de droit de superficie.

«Un certain nombre de terrains ont été acquis par les organisations internationales», expose toutefois le DFAE. Quant aux parcelles données par la Suisse, «le donateur n’a plus de droit sur le bien objet de la donation, sous réserve des modalités qui auraient pu être déterminées par les deux parties».

L’OIT a également cédé une autre parcelle, pour laquelle elle disposait d’un droit de superficie. C’est la fondation Wilsdorf qui a financé en partie cette opération. Des logements pour les étudiants de l’Insitut des hautes études internationales et du développement (IHEID) doivent y être construits. L’OIT n’est pas la seule organisation à disposer de terrains à bâtir. L’ONU réfléchit aussi à valoriser ses possessions pour minimiser le coût de la rénovation du Palais des Nations.

 

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