Migrants : Frontex accuse des ONG de collusion avec les passeurs

CRISE. L'agence Frontex accuse les organisations non-gouvernementales (ONG) qui travaillent en Méditerranée de "collusion" avec des passeurs et contrebandiers. Cette polémique devrait inciter les gouvernements à trouver des solutions rapidement pour mettre fin au trafic de migrants aux portes de l'Europe.

La crise des migrants et les morts aux frontières de l'Union européenne continuent de secouer l'opinion publique européenne. Rien que cette année, 4.700 morts ont été recensés en Méditerranée selon des chiffres de l'ONU et plus de 175.000 migrants ont risqué leur vie en montant à bord de bateaux parfois en mauvais état. Le sommet européen qui a eu lieu ce 15 décembre a abordé la crise des migrants pour tenter une nouvelle fois de trouver une solution et des accords afin de mettre fin à ces périls. Dans ce contexte difficile, l'agence en charge du contrôle des frontières en Méditerranée a accusé des ONG de collaborer avec des passeurs dans plusieurs documents confidentiels consultés par le Financial Times.

Deux rapports remettent en cause le rôle des ONG

Dans un premier rapport classé confidentiel et consulté le mois dernier, le journaliste Duncan Robinson explique que "des indications claires (ndlr : avaient été données aux migrants par les passeurs) avant le départ sur des directions précises dans le but d'atteindre les bateaux des ONG." L'agence aurait réitéré de manière plus explicite ces accusations dans un rapport publié la semaine dernière faisant mention du "premier cas rapporté où des réseaux criminels ont introduit clandestinement des migrants sur des bateaux d'ONG." Frontex rapporte également que le nombre plus important d'opérations de secours ces derniers temps pourraient être dues au lumières des bateaux d'ONG, qui serviraient de repère aux embarcations . "Alors que Frontex explique que les ONG opèrent trop près des côtes libyennes, les organisations humanitaires disent qu'elles sont là où il y a des besoins," indique le Financial Times.

Les ONG démentent

Pour l'instant, les ONG ont démenti les accusations portées par l'agence Frontex selon le journal britannique. Dans un article de blog, le journaliste explique que les ONG mises en cause comprennent entre autres Médecins sans Frontières et Save the Children. MSF travaille sur trois bateaux en Méditerranée depuis 2015. L'organisation aurait sauvé plus de 23.000 personnes l'année dernière et plus de 20.386 personnes en 2016. Giorgia Girometti qui travaille pour la mission italienne de Médecins sans Frontières déclare à La Tribune que :

"MSF n'aide pas les passeurs ! Nous sommes uniquement présents en Méditerranée afin de sauver des vies. Les passeurs profitent de la vulnérabilité de personnes extrêmement désespérées dans le but de faire du profit, leur entreprise découle en partie du manque de routes sûres vers l'Europe. L'instabilité et la crise économique en Libye sont d'autres causes importantes de la prolifération des réseaux de passeurs."

Elle ajoute que "nous travaillons avec un centre opérationnel basé à Rome qui doit juger de la décision à prendre". De son côté, Thomas Fabris, chef de mission pour MSF en Italie et coordinateur des opérations de recherche et sauvetage pour la Bourbon Argos, l'un des trois bateaux ajoute que "nous travaillons avec les autorités navales italiennes. Tout comme Frontex et n'intervenons pas dans les eaux libyennes". L'humanitaire explique "être étonné des accusations de Frontex, parler de collusion, c'est absurde. C'est pourquoi nous demandons une rencontre avec Frontex pour des clarifications". Par ailleurs, il déclare que s'il y avait "une voie légale et sûre, il n'y aurait pas de réseaux de passeurs."

Pour MSF, "l'échec de l'Union européenne et son agence de contrôle aux frontières à réduire le nombre de décès en mer signifie que les organisations humanitaires ont été forcées à intervenir" pour éviter d'autres drames. "L'action humanitaire n'est pas la cause de la crise mais une réponse à celle-ci." Avec la récente bataille d'Alep qui fait fuir des milliers de civils, la crise des migrants en Méditerranée est loin d'être résolue.