Le combat idéaliste d’une activiste

AUDIENCE. La capitaine du Sea-Watch 3, Carola Rackete, a appelé l’UE à prendre en main le problème des migrants.

Poursuivie pour désobéissance aux ordres donnés par le commandant d’un navire de guerre et incitation à l’immigration clandestine, la capitaine allemande Carola Rackete a comparu hier devant le tribunal d’Agrigente en Sicile.

Arrêtée le 29 juin dernier après avoir forcé l’entrée du port de Lampedusa pour débarquer 42 migrants repêchés en mer deux semaines auparavant, la jeune capitaine, âgée de 31 ans, a été libérée trois jours plus tard. La juge en charge du dossier a estimé que Carola Rackete avait agi pour sauver des vies humaines. Le Parquet d’Agrigente s’est pourvu en cassation contre cette décision d’où une nouvelle audience.

«L’emmerdeuse»
Hier matin, la jeune Allemande aux dreadlocks, qui parle cinq langues et a écrit une thèse sur les albatros et les otaries, a été interrogée pendant quatre heures. «Je suis très contente d’avoir pu expliquer le sauvetage des migrants du 12 juin dernier dans les détails. J’espère que la nouvelle Commission européenne fera de son mieux pour éviter ce genre de situations et que tous les pays accepteront d’accueillir les personnes sauvées en mer par les flottes des navires civils», a déclaré Carole Rackete en sortant du tribunal.
En forçant le blocus pour entrer dans le port de Lampedusa, cette activiste née à Preetz (Allemagne) en 1988 et qui a été surnommée «l’emmerdeuse et la casseuse de couilles» par Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur et patron de la Ligue dont elle est la bête noire, est devenue un véritable symbole. Pour avoir défié l’autorité de l’homme fort du Gouvernement italien, elle fait figure d’héroïne, voire de Jeanne d’Arc des temps modernes auprès des défenseurs de la cause des migrants.

En revanche, la jeune capitaine est violemment critiquée par les partisans du très puissant ministre de l’Intérieur qui ont parfois fait chauffer les réseaux sociaux en multipliant les insultes sexistes. Elle est aussi décriée par une partie de l’opinion publique italienne qui ne soutient pas Matteo Salvini mais estime que la péninsule ne doit plus être la plaque tournante de l’immigration clandestine. Ceux-là lui reprochent «une certaine ingénuité» et aussi son appartenance au système des ONG dont ils qualifient la gestion «d’opaque et déstabilisante».
Pourtant, Carola Rackete n’a rien de la jeune femme ingénue «blanche, riche et qui s’ennuie», selon le portrait brossé par Matteo Salvini. Dans la vie, cette «femme à abattre», comme le préconisent certains internautes, a un parcours atypique. Elle a d’abord étudié et décroché un diplôme en sciences nautiques en 2011 puis, un master en écologie de la conservation à l’université britannique Edge Hill. En parallèle, elle commence à sillonner la mer en embarquant sur un navire de l’institut scientifique Alfred Wegener spécialisé dans la recherche polaire et marine, comme officier de navigation.

Puis en 2014, l’activiste travaille dans le parc des volcans du Kamtchatka (Russie) inscrit au patrimoine naturel mondial de l’Unesco, en tant que guide locale, tout en s’occupant aussi de la manutention des équipements. L’expérience russe de Carola se conclut huit mois plus tard lorsqu’elle décroche un contrat en France à l’lPO, la ligue pour la protection des oiseaux et des petits mammifères.

Un choix moral
Un tel parcours aurait dû la mener tout droit vers une carrière scientifique. Au lieu de cela, en 2016, la future «capitaine Courage», comme l’ont rebaptisée ses partisans, choisit de sauver des vies humaines et entame une collaboration avec l’ONG Sea-Watch. «Ma vie a été facile, j’ai pu aller à l’université, je suis blanche, allemande et je suis née dans un pays riche. Tout ceci m’oblige moralement à sauver les personnes qui n’ont pas la même chance», a récemment affirmé Carola Rackete durant un entretien avec le quotidien romain La Repubblica. Ce n’est pas l’avis de Matteo Salvini, avec lequel elle a engagé un bras de fer politique.